Le travail de Sylvain Riéjou s’inscrit dans une recherche au long cours sur les conditions mêmes de production du geste chorégraphique et sur les dispositifs qui en organisent la visibilité. À la croisée de la danse contemporaine, de la performance et de l’image, sa pratique se distingue par une attention constante portée aux processus de création, envisagés non comme des étapes invisibles mais comme une matière scénique à part entière.
Cette approche trouve notamment sa source dans une formation initiale en psychomotricité, qui nourrit chez lui une conscience aiguë des relations entre corps, perception et contrôle. Plutôt que de rechercher l’illusion d’une forme achevée, il travaille à rendre perceptibles les tensions qui traversent l’acte de créer : hésitations, répétitions, commentaires réflexifs, ajustements permanents.
La vidéo occupe à cet égard une place centrale dans son écriture. Loin d’un simple usage documentaire, elle constitue un outil critique permettant de déplacer le regard du spectateur et d’interroger les régimes de présence propres au plateau comme à l’image. Cette exploration des passages entre scène et écran, entre corps vivant et corps médiatisé, s’est approfondie à l’occasion de plusieurs temps de recherche, notamment au sein du programme Transforme dirigé par Myriam Gourfink et lors de résidences au Théâtre de L’L à Bruxelles.
Cette esthétique de la mise à nu du travail artistique trouve une forme particulièrement explicite dans Mieux vaut partir d’un cliché que d’y arriver (2017), solo vidéo-chorégraphique dans lequel Riéjou expose frontalement les mécanismes de la création. Les « ratés », les doutes et les prises de distance humoristiques deviennent le moteur dramaturgique de la pièce, mettant en crise les normes de virtuosité et d’autorité associées à la figure du chorégraphe.
La question de la vulnérabilité traverse également Je rentre dans le droit chemin (qui comme tu le sais n’existe pas et qui par ailleurs n’est pas droit) (2021), pièce consacrée à la nudité en danse. Sylvain Riéjou y interroge moins l’exposition du corps que les cadres sociaux, symboliques et institutionnels qui en déterminent la réception.
Je badine avec l’amour, présenté dans le cadre du festival du Mois du Genre, s’inscrit dans cette continuité. En explorant les normes affectives et les scénarios corporels à l’œuvre dans les rencontres amoureuses, la pièce prolonge une réflexion critique sur les scripts sociaux qui façonnent les relations, les désirs et les regards portés sur les corps.
Cette notice a été rédigée par des étudiant·es du master Études sur le genre.
Références
- Le Triangle – Cité de la danse (s. d.). « Sylvain Riéjou – Association Cliché ».
- La Villette (s. d.). « Sylvain Riéjou / Hervé Walbecq ».
- Micadanses (s. d.). « Sylvain Riéjou ».
