Conservé au Centre des archives du féminisme (CAF, Angers), le Fonds Catherine Deudon réunit 1227 photographies numérisées à partir des photographies argentiques originales qui avaient été confiées par Catherine Deudon à la Bibliothèque universitaire d’Angers, en mai 2012, afin qu’elles puissent être consultées à la BU d’Angers, au CAF, sur ordinateur, à l’aide d’un lecteur de CD-Rom, ou en ligne via la photothèque de l’Université d’Angers (sur inscription). Classées par ordre chronologique de 1969 à 2011, les photographies documentent, à travers des clichés de manifestations, d’assemblées générales, de réunions, de colloques, ainsi que des portraits de personnalités, les grands combats et mouvements féministes qui animent la France depuis plus de quarante ans. Sous la direction de France Chabod, responsable du Centre des archives du féminisme (CAF) et des Fonds spécialisés, Alice Auzou, Laurence Le Gal et Létizia Cavarec ont travaillé sur la transcription des légendes, le plan de classement et le répertoire numérique détaillé du Fonds.
Catherine Deudon (née à Orléans, en 1940) est une photographe autodidacte. À 16 ans, elle photographie son entourage avec un Rolleiflex 6×6 offert par son père et découvre en même temps l’œuvre de Simone de Beauvoir. Après un court passage aux Arts Décoratifs de Nice, où elle apprend le dessin, elle quitte Cannes pour s’installer à Paris. En 1962, elle est engagée par la photographe Denise Colomb comme assistante, et travaille avec elle pendant six ans. En parallèle, elle se politise davantage à la fin des années 1960 lorsqu’elle découvre le texte coécrit par Monique Wittig, sa sœur Gille Wittig, Marcia Rothenburg et Margaret Stephenson, puis publié en mai 1970 dans L’Idiot International. Catherine Deudon les rencontre ensuite, ainsi que Christine Delphy et Anne Zelensky, et commence à assister aux assemblées générales du Mouvement de Libération des Femmes (MLF) aux Beaux-Arts et aux réunions du groupe des « Petites Marguerites » chez Monique Wittig entre 1970 et 1971. « L’oppression des femmes était pour moi une évidence, donc il était logique bien entendu de me retrouver au MLF et de prendre des photos, puisque j’étais photographe », explique-t-elle. À trente ans, elle s’oriente vers l’écriture et publie des textes qu’elle signe sous son nom ou sous le pseudonyme de Catherine Glaviot. Elle écrit notamment des « Chroniques du Sexisme Ordinaire » et des articles, parus dans la revue politique Les Temps modernes entre 1974 et 1982.
Pendant de nombreuses années, Catherine Deudon milite pour le droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG), manifeste contre le viol et l’homophobie, tout en photographiant des événements divers, autant ceux qui vont dans le sens de ses convictions que ceux qui s’y opposent. Certaines photographies documentent des manifestations et des marches féministes historiques telles que « Contre la fête des mères » (1972), « Ras le viol » (1976, 1985), « Marche des Femmes des quartiers avec Ni putes ni soumises contre le racisme et le sexisme » (2004), « Manifestation-anniversaire des 30 ans de la loi Veil » (2005). D’autres clichés capturent des événements qui ont façonné l’histoire du féminisme en France tels que le meeting « L’amour est à nous » sur le droit à l’avortement et à la contraception (La Sorbonne, 1992) et le colloque « Sexe et genre » (ATP-CNRS, 1989). D’autres encore sont des images de la première édition de la Marche pour la Vie revendiquant l’abolition de l’avortement, organisée en janvier 2005. Plus rares, certaines images sont des portraits de féministes célèbres : Élisabeth Badinter, Simone de Beauvoir, Christine Delphy, Benoîte Groult, Danièle Mitterrand, Elisabeth Salvaresi, ou encore Monique Wittig.
Au cours de sa carrière, elle photographie avec un Rolleiflex 6×6, un Pentax, puis un Leica, « qu’elle ne quittera plus », doté d’un objectif 35 mm, 90 mm ou 135 mm, ce qui lui assure une grande polyvalence dans ses prises de vue, des portraits aux photographies de foules. Aujourd’hui, l’agence Roger-Viollet diffuse et valorise son œuvre. Lorsque Catherine Deudon revient sur sa carrière, elle écrit : « J’espère n’avoir jamais fait du « réalisme féministe » ni de la photo dite “féminine”. » (Deudon, 2020)
Farouchement opposée au « lesbianisme radical » et à « la mainmise d’Antoinette Fouque sur le MLF », Catherine Deudon refuse les étiquettes et évoque souvent les clivages qui divisent le MLF, et par là-même les militantes féministes. Aujourd’hui âgée de 85 ans, elle n’adhère pas aux luttes féministes anticapitalistes actuelles. Elle soutient l’asexualité, la non-sexualité et la bisexualité. « Pour moi, ni l’hétérosexualité, ni l’homosexualité, ne sont révolutionnaires par essence. Mon idéal d’ailleurs est de ne plus être enfermée dans des identités fixes, hétérosexuelles ou homosexuelles, mais en mouvement, pour aimer des personnes plutôt que des sexes. »
On peut observer dans le Fonds Catherine Deudon des images révélatrices d’une diversité de relations affectives dans les combats féministes : les amitiés, la libération des amours hétérosexuelles et homosexuelles. Le 13 mars 2026, France Chabod présentera le Fonds Catherine Deudon en lien avec la thématique « Amour·s » de la 10ème édition du Mois du genre.
Cette notice a été rédigée par des étudiant·es du master Études sur le genre. [1]
Références
- Deudon, C. (2003). Un mouvement à soi, images du mouvement des femmes (1970-2001). Paris : Édition Syllepse.
- Deudon, C. (2020). « Influences d’époque », in G. Wormser (dir.), Avec Simone de Beauvoir, Les années MLF. Cahiers Sens Public n°27. Paris : Éditions Sens public, p. 145-150.
- Klaw, B. (1999). Le Paris de Beauvoir. Paris : Édition Syllepse.
- Wormser, G. (dir.) (2020). Avec Simone de Beauvoir, Liberté & Radicalité. Cahiers Sens Public n°27. Paris : Éditions Sens public.
[1] Je remercie vivement Alice Auzou, France Chabod et Catherine Deudon d’avoir pris le temps de répondre à mes questions et d’échanger avec moi pour la rédaction de cette notice. Sauf mention contraire, toutes les citations sont issues de mon échange avec Catherine Deudon, en décembre 2025
