Sont considérées comme violences de genre « l’ensemble des violences, qu’elles soient verbales, physiques ou psychologiques, interpersonnelles ou institutionnelles, commises par les hommes en tant qu’hommes contre les femmes en tant que femmes, exercées tant dans les sphères publique que privée » (Simonetti, 2016). Il convient toutefois de préciser que si la violence contre les femmes est une violence de genre, la violence de genre ne se réduit pas à la violence contre les femmes. Ilaria Simonetti précise à ce propos que, bien que majoritaire, la violence commise sur les femmes n’épuise pourtant pas la catégorie violence et genre. Les violences commises sur des hommes et qui visent leur masculinité « défaillante » ou leur statut d’« inférieurs » dans la classe des hommes entrent également dans ce champ d’analyse.
Si les femmes peuvent commettre des actes de violence, et que les hommes et les garçons peuvent être victimes de violence de la part des deux sexes, les résultats de nombreuses études montrent que la violence à l’égard des femmes est essentiellement perpétrée par des hommes (European Union Agency for Fundamental Rights, 2014).
Appréhender cette violence comme violence faite aux femmes en tant que femmes par des hommes en tant qu’hommes, c’est l’appréhender comme la « toile de fond des rapports sociaux de sexe prévalant dans notre société » (Gillioz, De Puy & Ducret, 1997). Le concept de violences de genre rompt de ce fait avec l’approche individualisée, pathologique, naturalisante ou psychologisante de ces violences pour en proposer une lecture systémique. Il s’agit d’analyser « la violence masculine comme un mécanisme social contribuant à maintenir la subordination des femmes envers les hommes » (Jaspard, 2005).
Les violences commises par des hommes sur d’autres hommes sont quant à elles liées tant à la construction d’une masculinité hégémonique, qu’à d’autres rapports sociaux tels que le racisme, le validisme et l’âgisme. Les violences exercées dans l’espace public « relèvent, pour beaucoup, du contrôle social qui s’exerce vis-à-vis des personnes qui transgressent les normes de genre » et « semblent réaffirmer à la fois une hiérarchie entre le masculin et le féminin et un ordre social hétérosexuel » (Brown, Debauche, Hamel & Mazuy, 2021).
Faire usage de la catégorie « violences de genre » replace donc la focale sur le genre comme rapport social, tout en permettant d’inclure dans l’analyse l’expérience de groupes sociaux aux réalités de discriminations hétérogènes et souvent exclus de l’action publique – en particulier les lesbiennes, gays, bisexuel·le·s et trans (Delage, Lieber, Chetcuti-Osorovitz, 2019).
Il est par ailleurs à souligner que si la notion de violence de genre a été intégrée dans certains codes pénaux, notamment en Espagne (loi du 28 décembre 2004) et en Italie (décret-loi du 8 août 2013), elle n’apparaît pas en droit pénal français qui s’appuie sur des dispositions constitutionnelles universalistes et qui, en référence à l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, considère que « la loi doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse ».
Cette notice a été rédigée par des étudiant·es du master Études sur le genre.
Références
- Brown, E., Debauche, A., Hamel, C. & Mazuy, M. (dir.). (2021). Violences et rapports de genre. Enquête sur les violences de genre en France. Paris : INED Éditions.
- Delage, P., Lieber, M., & Chetcuti-Osorovitz, N. (2019). « Lutter contre les violences de genre. Des mouvements féministes à leur institutionnalisation. Introduction », Cahiers du Genre, 66, p. 5-16.
- European Union Agency for Fundamental Rights. (2014). Violence against women: An EU-wide survey. Main results report. European Union Agency for Fundamental Rights.
- Gillioz, L., de Puy, J. & Ducret, V. (1997). Domination et violence envers la femme dans le couple. Lausanne : Payot.
- Jaspard, M. (2005). « Les violences envers les femmes : une reconnaissance difficile », in M. Maruani (dir.), Femmes, genre et société, Paris : La Découverte, p. 148–156.
- Simonetti, I. (2016). « Violence (et genre) », in J. Rennes (dir.), Encyclopédie critique du genre, Paris : La Découverte, p. 681–690.
