On parle de « culture queer », ou plutôt de « cultures queer », tant les expressions artistiques et culturelles des milieux queer sont plurielles. L’expression « cultures queer » désigne les pratiques, les savoirs et les événements partagés par les personnes LGBTQIA+.
Le terme anglophone « queer » peut être traduit par « inadapté·ex », « tordu·ex » ou encore « étrange ». Queer est d’abord une insulte lgbtphobe adressée aux « trans-pédé-gouines » (TPG) visant à stigmatiser les individus concernés, dans des sociétés hétérocisnormatives. Aux États-Unis, en 1990, durant les années sida, les membres du groupe « Queer Nation » inversent le stigmate et s’en saisissent de manière politique pour défendre les revendications des minorités sexuelles et de genre, ainsi qu’une radicalité des luttes queer.
Aujourd’hui, le mot « queer » est un concept ouvert et fluide amplement utilisé. Celui-ci réunit une multiplicité d’identités mouvantes. La « queerness » est en effet revendiquée comme un espace safe évolutif où se rencontrent et s’articulent, au prisme des politiques du genre, des luttes à la fois transféministes intersectionnelles, antiracistes et décoloniales, visant l’abolition des rapports de classes. Le « queer » implique des identités produites par la cis-hétéronormativité.
Nourries des théories féministes, ainsi que des queer, masculinity, crip, et postcolonial studies, les cultures queer sont difficilement appréhendables tant leurs limites définitionnelles dépassent toute catégorisation. Il est toutefois possible de les envisager comme des pratiques artistiques et culturelles, liées aux militantismes radicaux, qui distillent à la fois de nouvelles représentations du genre et des discours critiques relatifs à l’hétérosexualité obligatoire. Déconstruisant simultanément les structures idéologiques dominantes et les stéréotypes socio-normatifs du genre, les expressions culturelles queer, caractérisées par un contexte transnational historique, sont désormais largement diffusées à une échelle internationale, mais restent toutefois spécifiques à des expressions esthétiques et politiques qui se veulent radicales et en marge des institutions dominantes, de l’art du drag aux œuvres réalisées par et pour des personnes concernées.
Aujourd’hui, les cultures queer s’alimentent des archives, des parcours et des œuvres des artistes devenu·esx, plus ou moins difficilement, des figures tutélaires. Citons par exemple les photographies mises en scène par les artistes en couple Claude Cahun et Marcel Moore au début du XXe siècle, ou celles documentaires prises par la photographe et activiste états-unienne Donna Gottschalk dans les années 1970 et 1980, ainsi que les installations de l’artiste cubain Felix González-Torres et les œuvres de l’artiste états-unien David Wojnarowicz, réalisées durant les années sida.
Cette notice a été rédigée par des étudiant·es du master Études sur le genre.
Références
- Bernini, L. (2024). Philosophies queer, trad. Massimo Prearo. Paris : Eterotopia France.
- Lorenz, R. (2018 [2012]).Art queer, une théorie freak, trad. Marie-Mathilde Bortolotti. Paris : B42.
- Rennes, J. (dir.) (2016). Encyclopédie critique du genre, Corps, sexualité, rapports sociaux. Paris : Éditions La Découverte.
