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Politiques de l’amour

La place sociale de l’amour a évolué au cours de l’histoire, tout comme la manière dont il est traité politiquement et normativement. Initialement liées à un ordre moral qui les contrôle et les encadre, les politiques de l’amour ont historiquement trouvé leurs fondements dans des considérations relatives à la religion, au patrimoine et à la paix sociale (Pharo, 2013). Quels amours, c’est-à-dire quelles relations amoureuses et sexuelles, sont dès lors acceptables ? Lesquels sont réprimés et à quel moment ? Quel a été l’impact des sentiments amoureux sur les relations et paysages politiques ? Il est ainsi question des types d’amours réprimés (notamment en dehors du mariage et des normes culturelles), mais également de l’impact des situations sociales et politiques sur l’amour et de la façon dont l’amour est utilisé pour consolider le pouvoir entre familles, notamment au Moyen-Âge.
Lors de la revalorisation du mariage à la fin du XVIe siècle par l’Église, la contrainte, qui passe notamment par des politiques sociales, interdit surtout l’amour hors mariage, le seul cadre légitime où peut exister l’amour. Les politiques de l’amour sont alors souvent associées aux politiques de la sexualité, qui définissent une sexualité « légitime » et « normative », tout en dévalorisant d’autres formes de sexualité qui pourraient transgresser cette norme.
D’abord présenté comme un « péché de chair » par l’Église, de nombreuses restrictions vis-à-vis de l’amour et de la sexualité prirent des formes variées. Ces politiques servirent souvent des fins idéologiques et furent ainsi intégrées dans des visions, voire des représentations, de la société idéale liées au courant idéologique de l’époque. Sous le IIIe Reich, les lois de Nuremberg interdisent le mariage entre Juifs et Allemands, perçu comme un amour et une sexualité qui trahirait la « race allemande ». Aux États-Unis, le mariage interracial ne fut autorisé qu’en 1967, à la suite de la décision de la Cour suprême dans le cas de Loving v. Virginia, qui décréta que les lois de certains États interdisant les mariages interraciaux étaient anticonstitutionnelles. En France, la dépénalisation définitive de l’homosexualité en 1982 marque également une étape d’évolution des politiques de l’amour. Ainsi, l’amour, dans son lien à la sexualité, fut longtemps encadré par des normes sociales qui se traduisirent dans un arsenal juridique évoluant avec la société.
De nos jours, en France et dans d’autres pays, de moins en moins de textes juridiques encadrent et limitent l’amour, mais la conception du mariage, la reconnaissance des relations hors-mariage ainsi que le divorce restent des conceptions juridiques qui politisent l’amour et invitent l’État à y prendre part dans une certaine mesure. « L’ordre démocratique » (Pharo, 2013), qui tend aujourd’hui à remplacer l’ordre moral d’antan, accorde plus de liberté aux personnes pour mener leur vie, y compris amoureuse et sexuelle. Cependant, dans les pays qui criminalisent encore le travail du sexe, ces répressions se fondent sur l’idéal d’un « désir égal » comme critère légitimant les relations sexuelles. L’amour, par une « sacralisation de la libido », devient la clé de légitimation des relations sexuelles (Pharo, 2013). Son absence en stigmatise ou en criminalise d’autres, illustrant de ce fait un déplacement des politiques de l’amour au nom des logiques démocratiques de l’égalité de désir.
Les politiques de l’amour ont ainsi fortement évolué au cours des années, mais l’appareil juridique ainsi que des normes et contraintes sociales continuent de réglementer l’amour et des pratiques de l’amour dans la société actuelle.

Cette notice a été rédigée par des étudiant·es du master Études sur le genre.

Références