Le masculinisme désigne un ensemble de discours, de groupes et de mobilisations qui affirment défendre les intérêts ou les droits des hommes. Cette mouvance se situe en directe opposition avec le féminisme. Les masculinistes estiment en effet que la lutte pour les droits des femmes est devenue inutile car l’égalité femmes-hommes serait atteinte, voire délétère pour les hommes et leur virilité. Les avancées féministes sont perçues comme des menaces, car elles remettent en cause un certain nombre de privilèges masculins. Ces hommes dénoncent une discrimination à leur encontre, d’où l’utilisation du terme masculinisme, censé être l’exact pendant masculin du féminisme.
Les discours masculinistes reposent généralement sur l’idée que les hommes seraient aujourd’hui désavantagés dans plusieurs domaines, notamment la justice familiale, l’éducation, la santé ou l’emploi, du fait de leur genre. Ils dénoncent par exemple les décisions de justice, qu’ils estiment politiquement en faveur des femmes ou les politiques publiques d’égalité entre les sexes, qu’ils perçoivent comme des pertes de droits.
Les travaux en sciences sociales soulignent toutefois que le masculinisme constitue un ensemble hétérogène. Le politologue Francis Dupuis-Déri distingue notamment des groupes se présentant comme des espaces de soutien pour des hommes en difficulté, les groupes de défense des droits des pères, et des courants plus idéologisés, contestant la légitimité du féminisme, l’aspect systémique et structurel des inégalités de genre. Ces derniers reposent souvent sur une conception symétrique des rapports entre femmes et hommes, dans une perspective souvent biologisée. Ils occultent et nient la socialisation genrée et la construction sociale de la différence de genre. Les formes les plus radicales du masculinisme sont formellement antiféministes, mais également misogyne et peuvent véhiculer une vision très péjorative des femmes, voire appellent à la violence à leur encontre.
Le développement d’Internet et des réseaux sociaux a joué un rôle central dans la diffusion du masculinisme. Les recherches récentes montrent que les espaces numériques favorisent la circulation de récits de victimisation masculine et la constitution de communautés transnationales. Certaines sous-cultures, comme celle des coachs en séduction, des pick-up artists (PUA) ou encore des incels (célibataires involontaires) ont attiré l’attention des chercheurs et chercheuses en raison de leurs discours misogynes et de leurs liens avec des formes de radicalisation en ligne.
Dans le champ universitaire, le masculinisme est généralement analysé comme un mouvement réactionnel au féminisme, inscrit dans un contexte plus large de résistances aux transformations des rapports sociaux de sexe. Il est étudié en tant qu’objet spécifique des masculinités depuis la fin du XXe siècle. Les sciences sociales s’y consacrent de plus en plus fortement depuis une vingtaine d’années, le mouvement ayant pris de l’ampleur et sa dangerosité étant désormais mieux connue.
Cette notice a été rédigée par des étudiant·es du master Études sur le genre.
Références
- Dupuis-Déri, F. (2018), La crise de la masculinité: autopsie d’un mythe tenace, Montréal : Les Éditions du remue-ménage.
- Le Talec, J.-Y. (2016). « Des Men’s Studies aux Masculinity Studies : du patriarcat à la pluralité des masculinités », SociologieS, « Sociétés en mouvement, sociologie en changement. Décentrer le regard ».
