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Intime

« Issu du latin intimus, superlatif de intus (le dedans), l’intime se situe du côté de l’enfoui et du secret, du plus personnel de l’être, de ce qui serait, par essence, non communicable » (Gaillard, Gimenez & Rochefort, 2021). D’abord utilisé à partir de la fin du XIVe siècle pour nommer une relation proche entre deux individus, le mot sert à l’époque moderne à désigner le for intérieur de chacun·e, sur un plan à la fois physique et moral. Puis, à partir du XIXe siècle, l’intime désigne un lieu, la vie familiale, le domestique (Rebreyend, 2008). 

Historiquement, l’intime est donc d’abord associé au corps, au mariage, à la famille, à la sexualité ou au sentiment amoureux. Mais le concept d’intime se réfère également à des espaces, des lieux, comme la chambre à coucher (Perrot, 2009), le boudoir ou la salle de bain. 

Bell Hooks, qui s’est intéressée à la vie domestique et aux dynamiques de pouvoir qui s’y jouent, critique la manière dont l’espace domestique, à travers la division des tâches et les attentes liées à la maternité et à l’éducation des enfants, se transforme en espace de contrôle et d’oppression, particulièrement pour les femmes noires et les femmes de classe populaire (hooks, 1984). Dans une approche intersectionnelle, elle souligne la dimension sociale et politique de l’intime, dès lors perçu comme une forme possible de résistance aux oppressions systémiques (racisme, sexisme, classisme). 

 « Les intimités », traversées par des relations de pouvoir, constituent en effet des espaces privilégiés pour interroger le visible et le non-visible, le personnel et le public, la sphère professionnelle et la sphère domestique. Les étudier, notamment au prisme du genre, est un moyen de révéler des fonctionnements sociaux et des normes historiquement, géographiquement, et socialement situées.  

Le travail du sociologue britannique Anthony Giddens met en lumière les transformations des rapports de genre et des formes d’intimité au cours du XXe siècle en distinguant l’intimité traditionnelle (caractérisée par une forte influence des normes sociales et religieuses) et l’intimité moderne (plus fluide, individualisée et orientée vers la satisfaction des besoins personnels, émotionnels et sexuels de la personne) (Giddens, 1992). En reliant les transformations de l’intime aux évolutions sociales, culturelles et économiques, ses recherches ont influencé de manière significative les études sur le genre, en particulier en ce qui concerne la manière dont les relations de pouvoir, les rôles de genre et la sexualité évoluent dans les sociétés contemporaines.

Le concept d’intime en sciences humaines et sociales renvoie donc aux corps, aux espaces privés et individuels, mais également aux transformations sociales et politiques. L’amour, la sexualité, la vie domestique et les relations intimes sont des objets d’étude mais ce sont également des leviers pour remettre en question les structures d’oppression et pour tenter de rétablir de la solidarité, de la justice et du respect de l’autre. 

Cette notice a été rédigée par des étudiant·es du master Études sur le genre.

Références