Le mot queer est une expression d’origine anglaise qui vise initialement à désigner quelque chose de bizarre, qui se trouve en dehors des normes. Il s’agit d’une expression dégradante désignant des personnes, et notamment des hommes, homosexuel·les ou dont l’expression de genre ne correspondait pas aux normes de leur époque. Aujourd’hui, ce terme a fait l’objet d’une réappropriation par des personnes se revendiquant de cette communauté, notamment dans une dimension de lutte et de contestation politique.
Deux grands usages de ce mot se distinguent : le premier, plutôt fréquent dans la sphère franco-européenne, désigne des personnes dont l’expression de genre ne correspond pas totalement aux normes d’expression d’un sexe ou de l’autre. Ce terme renvoie au genre : à l’expression de genre ainsi qu’à son aspect identitaire. Le second usage, davantage diffusé dans la sphère anglophone ou américaine, utilise le mot comme une expression parapluie pour l’ensemble des personnes LGBTQIA+. Le point commun entre ces usages se retrouve dans la transgression des normes de genre et/ou de sexualité, mais cela n’implique pas forcément de faire référence aux mêmes personnes selon le contexte d’utilisation du mot.
La transgression des normes, et notamment celles d’expression de genre et de sexualité, a un coût. Le terme même de queer exprime une exclusion sociale, un othering qui place l’individu à distance du collectif. Dans ce contexte d’exclusion des expériences traditionnelles d’interaction et de communautés, les personnes queer se retrouvent et créent des communautés qui leur sont propres, comme bon nombre de minorités, pour répondre au besoin humain d’appartenance à une communauté. Ces communautés créent des environnements sans discrimination sur l’orientation sexuelle, l’identité ou bien l’expression de genre. Elles fondent des espaces où les personnes peuvent s’exprimer librement et tisser des liens nouveaux.
Les communautés queer sont ainsi importantes dans leur capacité à incarner une réponse collective à une situation de marginalisation sociale. Pour Pierre Niedergang (2023), ces communautés permettent notamment de « soutenir les queers les plus précarisé·es ». Nées de la nécessité de trouver du soutien et une communauté dans un contexte de défense des droits des personnes LGBTQIA+, ces relations et liens sociaux brisent l’isolement des personnes queer et permettent une organisation également politique.
Les communautés queer n’ont pas d’origine spécifique reconnue, mais la libération des mœurs les a rendues de plus en plus visibles. En comprenant queer comme un terme parapluie englobant l’ensemble des personnes LGBTQIA+, l’époque du début de l’épidémie du VIH/Sida est souvent notée comme un moment important dans son développement en Occident.
« La » communauté queer n’est pas homogène, on peut même parler des communautés queers. Des différences politiques, d’opinion, de valeurs et de vécus créent en effet des courants différents et une pluralité de communautés queers. Certaines communautés queers ont des prises de positions politiques ou idéologiques qui divergent largement, que ce soit sur des sujets propres aux vies et expériences queers ou sur de tout autres sujets. Le mot queer regroupe une extrême diversité d’expériences, d’identités, d’origines, de volontés et d’opinions qu’une étiquette commune ne parviendra jamais à homogénéiser.
Cette notice a été rédigée par des étudiant·es du master Études sur le genre.
Références
- Barker, M.-J. & Scheele, J. (2023). Queer Theory, une histoire graphique. Paris : La Découverte.
- Bourcier, S. (2005). Sexpolitiques. Queer zones 2. Paris : La Fabrique.
- Barrière, L. (2022). « Culture, médias et politique : Perspectives LGBTI et queer », Genre, sexualité & société,28.
- Niedergang, P. (2023). Vers la normativité queer. Toulouse : blast.
- Niedergang, P. & Piterbraut-Merx, T. (2021). « Violence sexuelle ou ‘initiation’ ? Communautés, trauma et normativité queer », GLAD! Revue sur le langage, le genre, les sexualités, 10.
