
Christelle Murhula est journaliste indépendante, autrice et animatrice. Elle s’identifie comme une femme noire. Basée à Paris, elle développe ses propres projets et collabore avec la presse audiovisuelle et écrite. Comme l’indique son site internet personnel, elle écrit pour des médias féministes ou généralistes (La Déferlante, Madmoizelle, Le Monde, M le magazine du monde, Médiapart, Les Inrocks, Vanity Fair, Télérama), anime des émissions (ARTE) et intervient à la radio (France Inter, Mouv’) sur des sujets de société afférents aux féminismes intersectionnels et aux évolutions sociales dans la culture.
Engagée dans les luttes féministes antiracistes et pour des pratiques du journalisme plus éthiques, Christelle Murhula est membre de l’Association des Journalistes Antiracistes et Racisé·e·s (AJAR) qui lutte depuis 2022 contre le racisme systémique dans la profession et les productions médiatiques. Les membres actif·ves de l’association militent non seulement pour le soutien des journalistes racisé·es au sein des rédactions, mais questionnent aussi leur statut de pigiste précaire. Iels défendent les journalistes victimes de racisme, analysent les représentations racistes dans les médias et organisent des événements. À l’occasion du premier festival de l’AJAR en octobre 2024 à la Friche (Marseille), Christelle Murhula anime un atelier « écriture de portraits ».
Nourrie par la pop culture et les féminismes, Christelle Murhula revient sur certaines sources d’inspiration :
« J’aime beaucoup les livres de bell hooks, surtout À propos d’amour. Je suis aussi fascinée par la pop culture. La série Insecure écrite et réalisée par Issa Rae, reste très sous-estimée, alors que c’est l’une des premières séries à raconter la vie et le quotidien de quatre femmes noires, sans en faire un sujet, comme on suit l’histoire de quatre amies blanches dans Sex and the city. »
Consciente du racisme systémique à l’œuvre dans des sociétés hétérocispatriarcales blanches, Christelle Murhula défend et développe depuis de nombreuses années une pratique antiraciste militante du journalisme :
« J’adopte depuis les débuts de mon activité de journaliste un angle féministe et intersectionnel. À l’époque où je faisais mes premiers portraits d’Aya Nakamura, bien avant les polémiques à propos de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de 2024, j’abordais déjà la complexité du racisme systémique omniprésent, des discriminations et de la façon dont celles-ci sont ressenties. Les luttes féministes antiracistes ont toujours été en moi. »
Autrice engagée, Christelle Murhula cosigne avec la journaliste Estelle Ndjandjo l’enquête sur les VSS contre les femmes racisées dans les milieux culturels (Murhula & Ndjanjo, 2024). Elle a aussi écrit un texte dans MeToo, au-delà du hashtag (2022) et publié Amours silenciées. Repenser la révolution romantique depuis les marges (2022). Dans son livre, elle emprunte l’expression « révolution romantique » à l’auteur et journaliste Constant Spina, et lui insuffle à nouveau une dimension politique – « puisqu’il a été vidé par les féministes mainstream de son sens initial » – pour raconter les histoires d’amour effacées des femmes racisées, célibataires, précaires, handies, qui sont les grandes oubliées des récits de la « femme universelle », c’est-à-dire « la femme hétérosexuelle, blanche, citadine, privilégiée, élitiste, mince, valide ». En s’appuyant aussi bien sur des entretiens informels avec des personnes concernées que sur des études sociologiques et des phénomènes de société, elle analyse la place des femmes les plus invisibilisées et choisit de « raconter leurs points de vue pour qu’elles puissent enfin s’identifier ». À l’occasion de la 10ème édition du Mois du genre, Christelle Murhula donnera une conférence sur la place des femmes racisées dans la « révolution romantique ».
Cette notice a été rédigée par des étudiant·es du master Études sur le genre.1
Références
- hooks, b. (2022 [1990]). À propos d’amour, trad. Alex Taillard. Quimperlé : Éditions Divergences.
- Kiffe ta race (2025). « #124 Une révolution romantique pour toutes ? » Vidéo Youtube.
- Lamy, R. (dir.) (2022). Moi aussi, MeToo, au-delà du hashtag. Paris : JC Lattès.
- Murhula, C. (2022). Amours silenciées. Repenser la révolution romantique depuis les marges. Villejuif : Éditions Daronnes.
- Murhula, C. & Ndjanjo, E. (2024). « Culture : le #Metoo des femmes racisées », La Déferlante, 16.
- Spina, C. (2020). « Nous sommes à l’aube d’une révolution romantique intersectionnelle », Manifesto XXI.
[1] Je remercie vivement Christelle Murhula d’avoir pris le temps de répondre à mes questions et d’échanger avec moi pour la rédaction de cette notice. Sauf mention contraire, toutes les citations sont issues d’un entretien téléphonique avec Christelle Murhula, le 27 novembre 2025
