Catégories
Concepts

Socialisation amoureuse

La socialisation est le processus par lequel les individus apprennent les normes, les valeurs et les comportements propres à leur société (Darmon, 2023). En sociologie, on distingue la socialisation primaire, qui advient pendant l’enfance et l’adolescence, et la socialisation secondaire à l’âge adulte, qui introduit de nouvelles dispositions par le travail, les ami·es, et aussi le couple (Darmon, 2023). Ainsi, la « socialisation conjugale » est analysée dès les années 60 par Peter Berger et Thomas Luckmann, avec l’idée d’une « conversation continue » générant un univers partagé de références et d’activités dans les couples (Berger et al., 2022). Toutefois, les compétences développées, comme le respect et le décentrement, le sont surtout par les femmes dans les couples hétérosexuels (Singly, 2016).
La socialisation amoureuse intervient dès la socialisation primaire. C’est le processus par lequel les individus intériorisent et reproduisent les normes et les pratiques affectives et sexuelles. Selon Sylvain Bordiec (2021), la socialisation amoureuse, amicale et sexuelle, est propre au temps de la jeunesse : elle s’insère dans un apprentissage commencé dès l’enfance. Elle est différente selon le genre, l’origine sociale, la religion, la culture, les médiums consultés (films, séries, chansons, jouets, etc.). Elle est longtemps liée à des stratégies parentales, marquée par le contrôle des pair·es et les inégalités sexuées en matière de vie publique et de vie privée. Par exemple, la socialisation à l’hétérosexualité est construite comme une évidence dès l’enfance (Diter, 2023). Par ailleurs, les jeunes femmes noires sont souvent rappelées à un impératif de respectabilité qui structure leur sexualité (Hill Collins, 2021). Ainsi la socialisation amoureuse repose sur les identités sexuées, sexuelles et conjugales, qu’elle participe à construire en retour, car « la notion d’identité [est] un résultat du travail individuel de conformation (ou de distanciation) avec les normes » (Clair, 2005).
Le genre est donc un facteur construisant la trajectoire amoureuse. Chez les adolescent·es qu’étudie Isabelle Clair (2005, 2023), quelle que soit la classe sociale, les jeunes filles qui font le choix d’une sexualité libre ou visible risquent l’exclusion sociale, alors que les garçons doivent embrasser un modèle viril et hétérosexuel pour ne pas voir leur masculinité remise en cause. Ainsi, les socialisations amoureuses sont faites de « classements de soi par les autres et des autres par soi » (Bordiec, 2021).
La socialisation amoureuse peut se faire en parallèle ou en adéquation avec la socialisation sexuelle. Les deux sont influencées par de nouveaux agents de socialisation, comme les applications de rencontre étudiées par Marie Bergström (2025b). Les sociologues ont récemment mis en évidence la grande diversité relationnelle expérimentée par les jeunes adultes, le rapprochement progressif entre les genres en termes de pratiques sexo-affectives, ainsi qu’une redéfinition des normes de genre (Bergström, 2025a). Cependant, la norme amoureuse et sexuelle se transforme sans être bouleversée, « sa remise en question demeure minoritaire et socialement située » (Lapine, 2025). Elle reste hétérosexuelle, conjugale et exclusive, même si l’on présente souvent la jeunesse comme porteuse de modèles alternatifs.

Cette notice a été rédigée par des étudiant·es du master Études sur le genre.

Références

  • Berger, P. L., et al. (2022). La construction sociale de la réalité. Paris : Armand Colin.
  • Bergström, M. (2025a). La sexualité qui vient : Jeunesse et relations intimes après #MeToo. Paris Éditions La Découverte.
  • Bergström, M. (2025b). Les nouvelles lois de l’amour : Sexualité, couple et rencontres au temps du numérique. Paris : La Découverte poche.
  • Bordiec, S. (2021). La fabrique sociale des jeunes : Socialisations et institutions. Louvain-la-Neuve : De Boeck Supérieur.
  • Clair, I. (2005). Amours sous silence : La socialisation amoureuse des jeunes de milieux populaires. Thèse de doctorat en sociologie : Université Paris Descartes.
  • Clair, I. (2023). Les choses sérieuses : Enquête sur les amours adolescentes. Paris : Éditions du Seuil.
  • Darmon, M. (2006). La socialisation. Paris : A. Colin.
  • Diter, K. (2023). « La production de l’évidence hétérosexuelle chez les enfants ». Actes de la recherche en sciences sociales, 249(4), p. 20 37.
  • Hill Collins, P. (2021). La pensée féministe noire : Savoir, conscience et politique de l’empowerment (D. Lamoureux, Trad.). Paris : Éditions Payot & Rivages.
  • Lapine, M. (2025). « Les frontières de la conjugalité : L’exclusivité sexuelle en négociation », in M. Bergström (dir.), La sexualité qui vient. Jeunesse et relations intimes après #Metoo. Paris : La Découverte, p. 221-235.
  • Singly, F. de. (2016). Le Soi, le couple et la famille. Paris : Armand Colin.