
Michaëla Danjé est une femme trans noire lesbienne activiste, artiste pluridisciplinaire, autrice, documentariste afrocaribéenne et nordiste. À la fin des années 1980, elle commence le rap. Ensuite, tout en poursuivant des études littéraires, elle participe à la création de deux groupes et à la réalisation de deux EP, puis de deux albums et d’un EP en solo. En parallèle de sa pratique musicale, elle anime des ateliers d’écriture poétique, d’écriture documentaire et de hip-hop. En 2007, elle réalise un documentaire sur l’émergence de la scène slam à Lille et un autre sur le métissage.
En 2010, à Lille, elle co-fonde Cases Rebelles, collectif noir antiautoritaire, qui milite contre toutes les formes de domination, dans une approche afrocentrée, qu’iels qualifient de « PanAfroRévolutionnaire ». Au sein du collectif, elle participe à créer, dans le Nord de la France, le podcast du même nom autour des luttes et histoires des peuples noirs – premier « podcast noir » en France –, puis développe, toujours collectivement, des projets, des événements, des articles, des interviews, des publications et des éditions. Cases Rebelles se déploie ainsi progressivement en défendant la circulation de savoirs militants dans la bienveillance et dans une démarche d’auto-éducation et d’éducation populaire.
En 2017, le collectif écrit le livre 100 portraits contre l’état policier, qui témoigne du flux incessant de personnes victimes de la violence d’État policier français. La même année, Michaëla Danjé co-réalise le documentaire Dire à Lamine dans le cadre de ce collectif.
En 2020, à l’occasion de ses dix ans d’existence, Cases Rebelles lance sa maison d’édition. Proposant des livres à bas-prix, elle est soutenue par ses relations affinitaires avec des librairies engagées à Nantes, Paris, Marseille, Toulouse, ou encore Bruxelles. Dans l’ouvrage collectif AfroTrans (Perspectives. Entretiens. Poésie) (2021), dirigé par Michaëla Danjé, des personnes trans noires ont ainsi été invitées à écrire, sans imposer de contraintes de forme, ou de sujet ; contre les grammaires hégémoniques transidentitaires s’y mêlent alors fiction, essais, poésie et interviews.
En 2023, Michaëla Danjé retourne à l’université en intégrant le Master 2 Études sur le genre de l’Université d’Angers. « Cela m’a permis de me concentrer pendant un an sur la recherche, et aussi de faire émerger mes questionnements dans l’espace universitaire. Je voulais aussi partager et développer mes analyses sur les transidentités dans cet espace-là comme une forme de résistance aux récits hégémoniques[1]», explique-t-elle. Dans ce cadre, elle poursuit ses recherches sur les présences queer et trans dans la musique traditionnelle guadeloupéenne et soutient en 2024 un mémoire intitulé Présences queer dans le gwoka guadeloupéen de l’après-guerre à 1984, primé par le Prix des Masters 2025 du GIS Institut du Genre.
Michaëla Danjé participe également aux traductions collectives d’ouvrages menées par Cases Rebelles. Elle a notamment collaboré à la traduction de l’autobiographie de la militante politique afro-américaine Assata Shakur, Assata : une autobiographie (2025). Actuellement, iels travaillent à la traduction d’un recueil de textes de la philosophe afro-américaine Joy James.
En 2026-2027, Cases Rebelles et Michaëla Danjé publieront l’essai Négritudes spectaculaires, dans lequel l’autrice réfléchit sur la visibilité et son injonction :
« Je m’intéresse beaucoup aux images. Je questionne l’équivalence faite entre la visibilité et la libération, et aussi les représentations archétypales des personnes noires. Je réfléchis aux modalités d’émergence des corps noirs. Il y a un chapitre sur des personnes trans noirs au cinéma. Quelles ont été leurs représentations ? Quelles sont les dynamiques à l’œuvre ? Il y a un enfermement des personnes noires dans le spectacle. La revendication de visibilité maintient aussi dans ce spectaculaire. Comment cela les met à distance ? »
Dans le cadre du mois du genre, Michaëla Danjé partage ses recherches sur le gwoka guadeloupéen et aborde sa méthodologie réflexive personnelle de l’entretien, à savoir :
« Comment faire pour parler des identités queer sans coloniser épistémologiquement la Guadeloupe du siècle dernier ? Comment trouver les modalités justes dans la recherche et dans l’écriture, pour éviter de transposer cette queerness dans une grammaire actuelle et trop confortable ? Je mène mes entretiens en créole. Que faire dans la rédaction de la distance entre le français et le créole qui est une langue non-genrée du point de vue des pronoms ? »
Cette notice a été rédigée par des étudiant·es du master Études sur le genre.
Références
- Bakèla, D. (2017). « Podcasts : une douce révolution sonore et afro », Africultures [En ligne].
- Bouamer, S., Povencher, D. & Schroth, R. (dir.) (2025). Queer Realms of Memory: Archiving LGBTQ Sites and Symbols in the French National Narrative, Liverpool : Liverpool University Press.
- Collectif Cases Rebelles (2017). 100 portraits contre l’état policier. Paris : Éditions Syllepse.
- Collectif Cases Rebelles (2021). Le feu qui craque – PanAfroRévolutionnaires. Éditions Cases Rebelles.
- Danjé, M.(dir.) (2021). AfroTrans (Perspectives. Entretiens. Poésie). Éditions Cases Rebelles.
- Danjé, M. (2023). « Detener la reiteración, alterar la explotación continua »,in C. Guerra (dir.),Restituciones. La fotografía en deuda con su pasado. Fundación Mapfre.
[1] Sauf mention contraire, toutes les citations sont issues d’un entretien téléphonique avec Michaëla Danjé, le 25 novembre 2025. Je remercie vivement Michaëla Danjé d’avoir pris le temps de répondre à mes questions et d’échanger avec moi pour la rédaction de cette notice.
