
Margot Giacinti est politiste et historienne des idées, spécialiste des violences de genre et, plus particulièrement, du féminicide. Docteure en science politique, elle a soutenu à l’École normale supérieure de Lyon, en 2023, une thèse intitulée Quand il n’y a pas mort d’hommes. Socio-histoire du féminicide en France (1791-1976). Ce travail retrace l’émergence d’un vocabulaire, de pratiques judiciaires et de mobilisations permettant de nommer les violences masculines meurtrières. S’inscrivant au croisement de l’histoire sociale, de la sociologie du droit et des études féministes, il analyse les archives judiciaires, les discours militants et les régimes de visibilité qui ont façonné la reconnaissance publique du phénomène.
Depuis 2025, Margot Giacinti est chercheuse post-doctorante au CRESPPA-CSU, où elle mène un projet comparatif sur la politisation et la prise en charge institutionnelle des féminicides en Europe de l’Ouest. Ses recherches interrogent les catégories juridiques, les outils statistiques et les politiques publiques qui encadrent ces violences, tout en montrant comment les savoirs féministes influent sur leur reconnaissance.
Elle est également l’autrice de l’ouvrage Le commun des mortelles. Faire face au féminicide (Éditions Divergences, 2025), qui met en dialogue archives, témoignages et histoire longue du traitement social des féminicides. Dans ses publications académiques, notamment dans les Cahiers du Genre ou les Nouvelles Questions Féministes, elle analyse des moments fondamentaux comme la tenue du Tribunal international des crimes contre les femmes (tribunal féministe symbolique organisé à Bruxelles en 1976, visant à rendre visibles et à qualifier juridiquement les violences faites aux femmes à l’échelle internationale), qu’elle identifie comme un jalon majeur dans la conceptualisation contemporaine du féminicide.
Le travail de Margot Giacinti contribue ainsi à historiciser un terme souvent perçu comme récent, en montrant qu’il résulte de conflits politiques, de mobilisations féministes et de cadrages institutionnels. Ses recherches permettent de comprendre comment les sociétés identifient, catégorisent ou invisibilisent les violences mortelles faites aux femmes, et comment la notion de féminicide s’est imposée comme outil critique pour appréhender ces violences structurelles.
Cette notice a été rédigée par des étudiant·es du master Études sur le genre.
Références
- Giacinti, M. (2020). « “Nous sommes le cri de celles qui n’en ont plus”. Historiciser et penser le féminicide », Nouvelles Questions Féministes, vol. 39, n° 1, 2020, p. 50-65.
- Giacinti, M. (2022). « Le Tribunal international des crimes contre les femmes (mars 1976) : un moment-clé dans la conceptualisation du féminicide ? », Cahiers du Genre, n° 73, p. 85-110.
- Giacinti, M. (2023). Quand il n’y a pas mort d’hommes. Socio-histoire du féminicide en France (1791-1976), thèse de doctorat en science politique : École normale supérieure de Lyon, 2023.
- Giacinti, M. (2025). Le commun des mortelles. Faire face au féminicide. Quimperlé : Éditions Divergences.
