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Leïla Bouasria

Leïla Bouasria est sociologue, enseignante-chercheuse à la Faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université Hassan II – Aïn Chock, à Casablanca (Maroc). Formée entre le Maroc, le Royaume-Uni et la France, elle s’est spécialisée en sociologie de la famille et des rapports sociaux de genre. Ses recherches traversent plusieurs terrains : travail salarié et domestique, migrations féminines, transformations de la conjugalité et des corps, recompositions de l’espace urbain.

Son livre Les ouvrières marocaines en mouvement. Qui paye ? Qui fait le ménage ? Et qui décide ? (2015) analyse les trajectoires d’ouvrières de la périphérie industrielle de Casablanca, en articulant conditions de travail, autonomie économique relative et maintien d’une forte charge domestique. Elle y montre comment l’accès au salariat peut à la fois ouvrir des marges d’émancipation et reconduire des hiérarchies de genre, dans un contexte de précarité et de contrôle familial.

Dans l’ouvrage collectif Migration féminine à Casablanca : entre autonomie et précarité (2018), qu’elle coordonne, Leïla Bouasria poursuit cette réflexion sur les mouhajirates, ces femmes qui migrent seules vers la ville pour travailler : la migration apparaît non seulement comme un espace d’expérimentation de nouveaux rôles de genre, mais aussi comme un moment de vulnérabilité face aux dispositifs économiques et juridiques.

Ses recherches récentes élargissent le regard à d’autres dimensions de l’intime. Un article consacré à « l’appropriation négociée de l’espace public par les balayeuses de Casablanca » décrit la manière dont ces travailleuses, très visibles et pourtant socialement invisibilisées, redessinent les usages de la rue et négocient leur présence dans un espace public fortement masculinisé (Bouasria, 2021).

Un autre texte, co-écrit avec Nezha Aidi, interroge le corps féminin à Casablanca comme « reflet mouvant des rôles de genre », en suivant l’évolution des normes esthétiques, des pratiques vestimentaires et des représentations de la féminité au fil des transformations urbaines et médiatiques (Bouasria & Aidi, 2020).

Inscrite dans les études de genre au Maroc, et membre de collectifs de recherche comme le Groupe de recherche et d’étude sur le genre au Maroc (GREGaM) ou la chaire Fatima Mernissi — en référence à la sociologue et intellectuelle féministe marocaine —, Leïla Bouasria contribue à documenter les reconfigurations contemporaines de la famille, de la conjugalité et de la parentalité, ainsi que celles des négociations domestiques de l’égalité, des familles recomposées ou de la procréation médicalement assistée. En articulant analyses du travail, de l’intime et de la ville, son travail de recherche donne à voir des féminismes ancrés dans les expériences ordinaires des classes populaires urbaines et des femmes migrantes, et déplace ainsi le regard au-delà des cadrages eurocentrés sur l’émancipation féminine.

Cette notice a été rédigée par des étudiant·es du master Études sur le genre.

Références

  • Bouasria, L. (2015). Les ouvrières marocaines en mouvement. Qui paye ? Qui fait le ménage ? Et qui décide ? Casablanca : Fondation Friedrich-Ebert.
  • Bouasria, L. (dir.). (2018). Migration féminine à Casablanca : entre autonomie et précarité. Casablanca : Éditions La croisée des chemins.
  • Bouasria, L., & Aidi, N. (2020). « Le corps féminin comme reflet mouvant des rôles de genre à Casablanca », Revue marocaine de sociologie, 5(2), p. 45-67.
  • Bouasria, L. (2021). « S’approprier l’espace public : les balayeuses de Casablanca », Cahiers du genre, 70, p. 97-118.