L’hétéronormativité désigne la norme sociale selon laquelle l’hétérosexualité est considérée comme naturelle, fondamentale et intrinsèquement supérieure aux autres orientations sexuelles et affectives.
Comme le résume Vulca Fidolini dans sa notice sur la question, des chercheur.euse.s ont interrogé l’hétérosexualité en tant que norme sociale à partir des années 1980, notamment Adrienne Rich et Monique Wittig. Par la suite, dans L’Invention de l’hétérosexualité, Jonathan Ned Katz détaille d’importants éléments historiques autorisant à penser l’hétérosexualité comme une construction sociale. Il y démontre que « l’hétérosexualité est une tradition inventée » et non une norme naturelle. Pour Louis-Georges Tin, la valorisation de l’amour courtois, à partir du XIIe siècle, a peu à peu installé l’amour hétérosexuel comme idéal et érigé le couple homme-femme en référence suprême.
Le terme hétérosexualité, quant à lui, apparaît à la fin du XIXe siècle, dans des textes littéraires et psychiatriques, pour décrire un acte sexuel entre deux personnes de sexe opposé, à but de plaisir et non de reproduction. Le terme avait donc, au départ, une consonance pathologique. À la même période, les relations entre personnes de même sexe sont également moralement condamnables et condamnées. Le terme d’« homosexualité » apparaît alors dans ce contexte normatif, et recouvre rapidement une signification psychiatrique de maladie psychique. La condamnation et la psychiatrisation de l’homosexualité permettent alors de penser l’hétérosexualité comme norme.
Cette opposition nette hétérosexualité/homosexualité efface toute forme de fluidité et de continuum dans la façon de penser les sexualités. Elle impose une binarité, qui renforce une hiérarchisation. La question de la reproduction sexuée et la valorisation de celle-ci a également participé à l’essentialisation de l’hétérosexualité comme norme et nécessité. Le terme d’hétéronormativité désigne donc cette normalisation et cette considération de supériorité. Elle implique également la présomption d’hétérosexualité, c’est-à-dire la considération par défaut de chaque personne comme étant hétérosexuelle.
Cette construction binaire et hiérarchisée implique non seulement une dévalorisation des sexualités non hétérosexuelles, mais également une essentialisation des genres : l’Homme et la Femme étant ainsi considérés comme des catégories homogènes et naturellement complémentaires. Elle renforce donc les normes de genre, ainsi que l’organisation patriarcale.
Cette notice a été rédigée par des étudiant·es du master Études sur le genre.
Références
- Fidolini, V. (2019). « L’hétéronormativité », in Manuel indocile de sciences sociales. Paris : La Découverte.
- Katz, J. N. (2001 [1995]), L’invention de l’hétérosexualité. Paris : EPEL.
- Rich, A. (1981). « La contrainte à l’hétérosexualité et l’existence lesbienne », Nouvelles Questions Féministes, 1, p. 15‑43.
- Tin, L.-G. (2008). L’Invention de la culture hétérosexuelle. Paris : Autrement.
- Wittig, M. (2018 [1992]). La pensée straight. Paris : Éditions Amsterdam.
