L’adolescence désigne couramment la période située entre l’enfance et l’âge adulte, souvent définie par les transformations biologiques associées à la puberté. Pourtant, l’adolescence est une invention récente. Dans Sociologie de la jeunesse (2022), Olivier Galland montre comment elle a été progressivement forgée, notamment par les sciences sociales, et retrace l’histoire de ce concept.
Pendant longtemps, l’enfant accédait directement au statut d’adulte. L’adolescence comme statut intermédiaire émerge au XIXe siècle avec le développement de l’école secondaire. Pensée comme une phase autonome du développement, elle devient une préoccupation pédagogique et psychologique. La psychologie américaine élabore l’idée d’une « personnalité adolescente » aux traits spécifiques, centrée sur les garçons. La puberté et la sexualité y occupent une place centrale : l’adolescence est pensée comme temps de tension entre pulsions et interdits. L’anthropologue Margaret Mead (1928) remet en cause cette vision de « crise » universelle, montrant que l’adolescence est socialement et culturellement située, et pas inévitablement conflictuelle.
Les apports de la recherche transforment les pratiques éducatives, qui passent d’une discipline stricte à des méthodes encourageant l’auto-contrôle chez les jeunes. De nouvelles institutions sont créées : mouvements de jeunesse, travail social, justice pour mineur·es. Ces évolutions contribuent à reconfigurer les sociabilités juvéniles.
La sociologie de la jeunesse se constitue au cours du XXᵉ siècle. Pour Émile Durkheim (1922), l’éducation socialise l’enfant et l’adolescent·e mais il les considère comme des êtres « infrasociaux », qui ne forment pas encore un objet sociologique autonome. Ainsi, c’est la psychologie qui domine longtemps l’étude de l’adolescence en France. À l’inverse, la sociologie américaine l’analyse précocement comme un moment différencié selon la classe, notamment par l’étude des sous-cultures juvéniles et de la délinquance, comme réponses collectives aux frustrations sociales (Cohen, 1955 ; Whyte, 1955). L’âge commence à être pensé comme une norme sociale construite, la jeunesse devient une période d’indétermination statutaire et de transition identitaire vers les rôles adultes. En France, la sociologie s’intéresse à l’adolescence à partir des années 1960 : Jean-Claude Chamboredon (1985) conteste l’idée d’une culture juvénile homogène et montre que l’adolescence est un statut flou et socialement produit, notamment par l’école. Après 1968, l’attention se déplace vers l’insertion professionnelle des jeunes mais la catégorie d’adolescence est progressivement réinterrogée : l’âge est analysé comme principe de classement et enjeu de luttes symboliques entre groupes sociaux (Bourdieu, 1980). L’adolescence n’est plus pensée comme un âge autonome mais comme une phase de transition biographique, l’entrée dans la vie adulte, diversement structurée selon les milieux sociaux.
En conclusion, l’adolescence apparaît en sciences sociales comme une catégorie historique, culturelle et scientifique, traversée par les rapports sociaux de classe, mais aussi de genre et de race (Fassin, 2011 ; Vuattoux, 2021). Elle peut aussi être analysée sous l’angle juridique (statut de minorité), médical (normes et pathologisation) ou économique (dépendance). Largement définie par des institutions adultes, elle inscrit cet âge de la vie dans un rapport de pouvoir légitimant son encadrement et son contrôle.
Cette notice a été rédigée par des étudiant·es du master Études sur le genre.
Références :
- Galland, O. (2022). Sociologie de la jeunesse. (7e éd.). Paris : Armand Colin.
- Fassin, D. (2011). La force de l’ordre. Une anthropologie de la police des quartiers. Paris : Seuil.
- Mead, M. (1928). Coming of age in Samoa. New York : William Morrow.
- Vuattoux, A. (2021). Adolescences sous contrôle : Genre, race, classe et âge au tribunal pour enfants. Paris : Presses de Sciences Po.
